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Adieu Maître

Gilles Latulippe a ouvert le Théâtre des Variétés le 23 septembre 1967. Quarante-sept ans plus tard, ce 23 septembre 2014, Gilles Latulippe nous a quitté pour rejoindre ses chums déjà partis depuis quelques années. Il ne l'a pas souhaité, mais il nous laisse un vide et une peine incommensurable. Mon ami, mon Maître, n'est plus et je le pleure, comme sa famille, comme ses admirateurs francophones "coast to coast". Il n'aurait pas voulu qu'on le pleure, mais comment ne pas pleurer le départ d'un homme aussi exceptionnel que lui? Moi je ne sais pas...

De Funès disait: "On ne devient pas comique, on naît comme ça". Gilles était né comique. Pendant plus de 56 ans, il aura fait rire la province. Pendant 77 ans, il a fait rire sa famille et ses amis, même lorsqu'il était malade. Depuis un mois, on ne riait plus beaucoup car on savait l'étendue de son mal. Il faisait quand même des blagues avec les infirmières et ses proches.. puis de moins en moins. Aujourd'hui c'est probablement la seule fois de sa vie que Gilles a fait pleurer du monde.

Gilles était un homme extraordinaire, d'une générosité et d'une gentillesse inégalable. Il était simple et modeste, s'étonnant toujours que les gens se déplacent pour venir le voir. Le plus bel exemple est son gala hommage en juillet dernier: il était sûr qu'il n'y aurait pas 300 personnes vu que "les gens n'allaient pas payer pour voir un show sans savoir qui était dedans"!.. Yeah right! Plus de 3000 personnes étaient là pour l'ovationner et lui dire "on t'aime"!

Il était toujours disponible pour son public, au restaurant, dans la rue ou après un spectacle. Même malade, il prenait le temps de rencontrer son public, de poser pour les photos et signer douloureusement des autographes alors qu'il avait de tenir un stylo normalement. Jamais il n'a laissé paraître qu'il était souffrant. Trois fois cet été, je l'ai vu encourager des dames centenaires (deux 100 et une 101 ans!) à tenir bon, à faire attention à leur santé et de revenir encore le voir l'an prochain. Une dame de son âge qui n'allait pas bien, il l'a aussi encouragé en blaguant et en lui faisant promettre d'être là l'été prochain.. tout en sachant que lui n'y serait pas.

Ce dernier été à Drummondville a été un mélange d'émotions, du rire bien sûr, mais aussi de l'inquiétude et de la tristesse à le voir souffrir tous les soirs. L'adrénaline aidant, une fois sur scène, tout semblait bien aller, mais une fois de retour en coulisses, le mal reprenait le dessus. Nous l'avons vu littéralement se tuer à la tâche et s'affaiblir de semaine en semaine. Et au lieu de se plaindre, il s'inquiétait de nos petits maux, restant aux petits soins pour toute sa troupe.


Notre dernier show était en matinée le 20 août. On s'est quitté avec un "à vendredi", sans se douter qu'on venait de faire notre dernière représentation. Mais si nous avons été surpris, ce n'est pas d'annuler les six derniers spectacles, mais plutôt que Gilles se soit rendu aussi loin dans l'été. Il a été pour nous tous un exemple de ténacité, de volonté et de courage. Un exemple de respect de son public, aussi: "Malade ou pas, ils ont droit au même show que si tu était en santé!"

Quand on lui demandait comment il faisait pour jouer, il répondait simplement: "c'est facile, je joue un gars qui n'est pas malade". Je lui ai demandé un jour s'il souhaitait mourir sur scène et la réponse avait été un "non" sec et définitif. Un homme trop privé pour faire quelque chose d'intime (comme mourir) devant du monde. Humble et discrèt.

Je veux préciser aussi que son cancer du poumon n'est pas dû à la cigarette, comme certaines photos peuvent le laisser supposer. Le cancer a commencé à cause d'une amiantose car dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve où il est né et a longtemps vécu, il y avait une usine de panneaux d'amiante qui rejetait les poussières dans la rue. "Googlez" ça, vous trouverez des articles de La Presse sur le sujet. Saloperie d'amiante.

Gilles disait, en parlant de ses chums décédés, que le prix à payer pour les avoir connus était de les avoir vu partir. A mon tour de répéter cette phrase.

Quel honneur, quel bonheur de t'avoir connu, cher Gilles!